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dimanche, 11 décembre 2005

Et trouva la librairie de sainct Victor fort magnifique...

Lille se targue de posséder "la plus grande librairie du monde". Corollairement, les piles de best-sellers ou de prix littéraires sont plus hautes au "Furet du Nord" que partout ailleurs. Il n'est cependant pas plus facile qu'ailleurs d'y trouver les minores ou les marginaux, ceux que n'ont pas salués les trompettes de la renommée. Pas un seul titre de Federman en rayon (bien que France Culture lui ait récemment consacré une série d'émissions), pas un seul Ceronetti... En revanche, naturellement, des brouettées d'Angot, de Nothomb et autres pauvretés de la même farine. Avons-nous d'ailleurs encore, aujourd'hui, un seul grand écrivain de langue française ? Quelqu'un de la stature, disons d'un Murakami ? il est permis d'en douter...
Finalement, je suis ressorti avec le gros "Quarto" des Œuvre d'Artaud, un volume de poèmes de Follain et les Aphorismes d'Oscar Wilde. Où l'on trouve ceci : "Les historiens d'autrefois nous ont donné de délicieuses fictions en guise de faits ; le romancier moderne nous présente des faits ennuyeux en guise de fiction."

Ludions et farfadets

Le regretté André Blavier a consacré l'un des chapitres les plus réjouissants de ses Fous littéraires (Henri Veyrier, 1982) aux "persécutés, persécuteurs et faiseurs d'histoires". Si l'on en juge par le contenu de certains blogs à prétentions "littéraires" — et le niveau des polémiques qu'ils alimentent —, l'engeance des graphomanes paranoïaques n'est pas près de s'éteindre.

samedi, 10 décembre 2005

Petite anthologie portative 15

Saumon de Winnipeg
Jambon de mouton à l'Écossaise
Pommes Royal-Canada
Vieux vins de France

(Blaise Cendrars, "Menus", III, in Documentaires, Denoël, 1947)

Gastronomie

Le dictionnaire de cuisine d'Alexandre Dumas est, comme on sait, d'une lecture non moins instructive que divertissante. À l'approche des fêtes de fin d'année, les gourmands ne manqueront pas de s'y reporter pour tout connaître des mœurs de l'huître et de la production du foie gras.

"On sait que le foie gras de Strasbourg est réputé fournir le roi des pâtés. L’opération par laquelle on obtient les foies gras consiste principalement à engraisser les oies de manière à pro­duire chez elles une tuméfaction de cet organe. Le foie d’une oie soumise au traitement que leur font subir les engraisseurs de Strasbourg arrive à être jusqu’à dix ou douze fois plus gros que nature.
Pour en arriver là, on soumet ces animaux à des tourments inouïs, qui n’ont pas même été déployés sur les premiers chré­tiens : on leur cloue les pattes sur des planches pour que l’agi­tation ne nuise pas à l’obésité ; on leur crève les yeux pour que la vue du monde extérieur ne vienne les distraire ; on les bourre avec des noix sans jamais leur donner à boire, quels que soient les cris de souffrance que leur arrache la soif."

(Alexandre Dumas, Mon dictionnaire de cuisine, 1872)

Au moins, les huîtres, que l'on gobe toutes vives — "les vrais amateurs" les mangent "sans vinaigre, sans citron, sans poivre" —, ne poussent-elles pas de cris de souffrance. L'huître meurt dignement. Comme les premiers chrétiens.

vendredi, 09 décembre 2005

Madame la Misère

L'année se termine, les fêtes approchent.
Il n'est question que de charité, de solidarité, de compassion... On s'émeut du sort de ces pauvres qui meurent de faim et de froid. C'est terrible. Je vais finir par déposer un paquet de macaronis dans le chariot du Secours Populaire, afin de pouvoir à Noël digérer mon foie gras en toute sérénité.
Dans trois semaines, heureusement, on ne parlera plus de tout cela.

jeudi, 08 décembre 2005

Pluie

Parti avec la pluie, je rentre du Nord avec la pluie.

Détour buissonnier par le pays d’Othe, l’Auxerrois, le Nivernais.
Brève halte à Villeneuve-au-Chemin ; sur la butte qui domine le village, l’étrange chapelle Saint-Joseph-des-Anges, construction de brique décrépite, sinistre sous le ciel bas, écrasée par la masse disproportionnée d’une énorme vierge verdâtre.
Près d’Auxerre, entre Fouronnes et Courson-les-Carrières, un lieu-dit poétiquement nommé Anus.

Non loin de Nevers, un panneau indique le site de montenoison : nous sommes sur les terres de Jules Renard :

"Je regarde ce beau pays, le clocher dont la pierre neuve ne se salit pas, Montenoison où jamais Philippe n'est allé — il est allé tout près —, et les nuages que le paysan ne regarde pas. Un nuage, pour lui, c'est une menace de pluie. Il ne sait pas que certains nuages n'ont d'autre fonction que d'être beaux." (Journal, sept. 1902)