samedi, 10 octobre 2009
Rldasedlrad les dlcmhypbgf
Apprenant par le journal qu'il allait publier une nouvelle intitulée "Rldasedlrad les dlcmhypbgf", Valery Larbaud voyait dans ce mastic une manifestation de "la colère de la machine contrainte par l'homme à imprimer des mots, des idées, qui ne sont pas les siennes" ("Rldasedlrad les dlcmhypbgf", in Jaune bleu blanc, 1927). Lorsque je lis aujourd'hui, dans L'Œil de vieux de Tiziano Scarpa (Christian Bourgois, 2000), le titre grec de l'Histoire véritable de Lucien retranscrit en Alhqvu dihghmatwu (pour, on suppose, Άληθών Διηγημάτων), j'y vois d'abord l'incompétence et le je-m'en-foutisme de l'homme incapable de maîtriser les fonctions les plus élémentaires de la machine, i.e. du traitement de texte. Mais, au-delà de l'irritation qu'on peut éprouver devant ce genre de cacographie, on est atterré de constater que les meilleurs éditeurs semblent désormais tenir la fonction de correcteur pour aussi obsolète que la linotype.
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lundi, 05 octobre 2009
Petite anthologie portative 54
VIES PARALLÈLES
sans douleur moi aussi je compte les étoiles
comme le crabe
compte les globules blancs du noyé
(Mircea Dinescu, trad. Dumitru Tsepeneag, in Quinze poètes roumains, Belin, "L'extrême contemporain", 1990)
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Diem perdidi 4
J'aurai passé une bonne partie de mon lundi à chercher — en pure perte — l'exemplaire de l'Espace littéraire que je croyais avoir rangé sur un rayon accessible de ma bibliothèque. J'ai retrouvé, en revanche, un certain nombre d'ouvrages oubliés — la plupart obscurs, inutiles et, pour certains, jamais lus, comme ce Triomphe de la Mort de Gabriele d'Annunzio ou un Traité de l'examen des crachats, de Fernand Bezançon et S.I. de Jong (Masson et Cie, 1912), agrémenté de planches hors-texte sous papier cristal. Voilà à quoi conduit l'accumulation compulsive et vaguement fétichiste de livres en tout genre. Ainsi Aristote ou Boris de Rachewiltz se retrouvent-ils, au fond d'un placard, en compagnie de Lin Yutang ou Guido Morselli. Et, quoi qu'ait pu en écrire, justement, Blanchot, les livres qu'on ne lit pas existent, et prennent de la place. Ils sont la mauvaise conscience du bibliomane.
À propos du culte — ou de la haine — des livres, des thèmes connexes de la "bibliothèque de Babel" et de la "bibliothèque en feu", on ne saurait trop recommander la lecture du substantiel essai de Lucien X. Polastron, Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Folio/Essais). Une somme érudite, avec l'intelligence et le grain de sel qui font trop souvent défaut aux ouvrages savants. Blanchot, toujours : "La gravité n'exclut pas la légèreté." Je ne peux, hélas ! vérifier l'exactitude de la citation...
20:30 Publié dans Mes inscriptions | Lien permanent | Commentaires (3)

