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dimanche, 12 août 2007

Le sens de la formule 3

Il y a des mots aussi profondément lucides et tranquillement désabusés, dans leur spontanéité, que les aphorismes des moralistes les plus sombres. Ainsi cette remarque de Saint-Exupéry rapportée par Léon Werth :
"Ce restaurant du Bois, où nous dînions ensemble, l'an dernier. Comment en vînmes-nous à tenter de porter un jugement sur quelques-uns des hommes qui conduisaient alors la France, autrement dit : des ministres ? Nous leurs prêtions des projets, un dessein. Et soudain Tonio murmura : "Je crois que nous faisons de l'anthropomorphisme..." Un mot, un "mot d'esprit", comme on en faisait jadis, mais moins serré, plus libre." (Déposition, 15 octobre 1940 — cf. note supra)
Fait-on encore, aujourd'hui, de tels "mots" ? Pas sûr. Mais de l'anthropomorphisme à propos des politiques, oui, assurément. 

samedi, 11 août 2007

Style bête

Dans l’attente d’un colis de livres qui n’en finit pas d’arriver, je me résous à me transporter à la sous-préfecture proche, où l’on trouve encore deux ou trois librairies traditionnelles qui peuvent dépanner le lecteur pas trop regardant. Je rapporte de mon expédition :
Aventures d’un gourmand vagabond
, de Jim Harrison ;
Un festin en paroles, de Jean-François Revel ;
Déposition — extraits du journal de guerre —, de Léon Werth ;
Croquis de mémoire, de Jean Cau ;
Envoie-moi au ciel, Scotty
, polar de Michael Ginzburg.
Celui-ci, nous dit la quatrième de couverture, "a travaillé comme plongeur, cuisinier, coursier, chauffeur de gangsters, garde du corps de strip-teaseuses, télégraphiste, détective privé, chauffeur de poids lourds, planteur d’arbres, marchand de fleurs, convoyeur de fumier, ou encore (entre autres) transporteur d’une cargaison de mannequins à bord d’un minicar". Se non è vero
Je crois que c’est la première fois que je lis quelque chose de Jean Cau. J’espérais une plume un peu plus élégamment vacharde. C’est trop souvent lourd, suffisant, écrit dans un style qu’on ne peut qualifier autrement que de bête.

lundi, 06 août 2007

Chasses futiles

Perdu beaucoup de temps, ce week-end, à rechercher une page de Quignard dans laquelle je croyais me souvenir qu'il était question du temps gagné sur la maladie fatale ; sursis, rémission ou guérison, ce temps offert, dit en substance l’auteur, relève d’une temporalité — d’une atemporalité ? — paradisiaque. Naturellement, je n’ai pas retrouvé le passage en question. J'étais pourtant à peu près sûr que cela se trouvait dans Les Paradisiaques ou Sordidissimes. Mystère de ces phrases, de ces objets qui disparaissent : la littérature et le quotidien sont des mondes flottants.