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jeudi, 12 janvier 2006

Je m'en vais ou je m'en vas... 3

Départ demain pour les provinces septentrionales. Naguère, à chaque absence, se posait le même problème: qui accepterait de s'occuper des chats ? Ceux-ci sont aujourd'hui transis, victimes de l'âge ou des automobilistes... On ferme la porte sans remords et, quand on rentre, personne ne vous attend, vous n'avez manqué à personne.
"S'il n'y avait personne, tout le monde serait heureux."

Petite anthologie portative 19

LA TORTUE

Le ministre de l'Intérieur est à l'intérieur ;
Il met craintivement sa tête à l'extérieur.

Il est humile, sans rival seigneurialement humile :
Il flaire de son haut le terre-à-terre, museau mobile.

De temps en temps, cela le prend, il entreprend de s'échapper.
Il galope lentement de plante en plante,
Vise le paradis de la septième plante...

Il ne s'échappe pas, car ni la tortue ni le ministre de l'Intérieur
Ni nous, nul de nous, ne pouvons être à l'extérieur.

 (Armand Robin, Le Monde d'une voix, 1968)

Le grand style 11

"... les blagueurs modernes n'inventent rien, ni dans leur manière de mentir ni dans leur manière de plaisanter. Ces aimables farceurs se servent du moule de vieilles bourdes connues, dans lequel ils fourrent leur propre sottise, et c'est ainsi qu'ils se font neufs ! Gavroches hyperboliques de ce temps exigu, ils ont, ces pauvres petits Poucets, voulu ôter ses bottes à cet ogre de Rabelais pour introduire leurs grêles jambes de jockey anglais dans ces vastes bottes que Rabelais, s'il revenait au monde, leur mettrait certainement au derrière !..."

(J. Barbey d'Aurevilly, La Littérature du tabac & La Blague en littérature, La Rochelle, Rumeur des âges, 1999, p. 34)

lundi, 09 janvier 2006

Kafka sur le rivage

Dans le Figaro littéraire, rencontre avec Haruki Murakami, à propos de la sortie de la traduction française de Kafka sur le rivage. Si l'article n'a rien d'exceptionnel — bien loin de là ! —, peut-être aura-t-il du moins le mérite de faire découvrir, à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, l'un des écrivains actuels les plus originaux et les plus subtils. Nourri de culture occidentale, Murakami s'inscrit logiquement dans la lignée des auteurs majeurs, à travers lesquels se dessine, depuis Rabelais et Cervantès, l'évolution du roman "européen", telle que la présente Kundera. L'ambiguïté déconcertante de ses textes leur confère cette "consubstantielle ironie" dans laquelle l'auteur de L'Art du roman, voit la marque du genre. La référence à Kafka ne saurait d'ailleurs être purement accidentelle. La littérature, pour Murakami, ne s'apparente pas à une tentative de mise en ordre du monde, mais bien à une mimésis ironique — au sens socratique du terme —, à une anamorphose fantasmatique : "J'aime que les lecteurs me disent avoir lu le livre plusieurs fois et continuent à se poser des questions. C'est la fonction de la littérature de ne pas y répondre. C'est pour cela qu'elle est indispensable ; surtout de nos jours, là où les fanatismes veulent apporter des réponses définitives à tout."
Un regret : je ne pourrai jamais savoir ce que je perds — ou ce que je gagne — à ne pouvoir lire Murakami qu'en traduction...


"Au-dessus des poubelles où remourront leurs vers..."

Dans le dossier "spécial Mitterrand" du Nouvel Observateur (5-11 janvier 2006, p. 28 sqq.), un témoignage de Pierre Bergé, intitulé "Il récitait Cadou", nous apprend que l'ancien président de la République (Bergé n'est que l'ancien président d'Yves-Saint-Laurent) "pouvait réciter des poèmes entiers de cet auteur".
Pourquoi pas ? Françoise Giroud surprendra bien, quelques années plus tard, Jacques Chirac lisant Patrice de La Tour du Pin...