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dimanche, 25 décembre 2005

Tant crie l'on Noel... 2

Voilà. Noël, c'est fini pour cette année. Ce ne sont que bouteilles vides et papiers froissés...
Whisky du soir mélancolique en écoutant Joe Zawinul — Faces and places — et en feuilletant un recueil de dodoitsu trouvé dans mes pantoufles.

"Mieux que le va-et-vient
Gémissant de la houle
La silencieuse fidélité
Des étoiles"

(Le Saké, la lune et l'amour, La Part commune, 2005)

vendredi, 23 décembre 2005

Le grand style 10

Calaferte, encore :

"Atterrantes conneries verbales qu'a pu déchaîner chez des personnes apparemment censées cette boucherie dégueulasse que fut la guerre de 1914. (Soldat écrivant à sa fiancée qu'il attend fébrilement l'instant où sera commandé d'attaquer à la baïonnette, pour la France et pour ses mamans ! Que souhaiter à des pareils corniflots, sinon d'en ramasser un bon coup dans le bide.)
Quand on pense que parmi ces excités, il y avait un Péguy — l'esprit dérape."

(Droit de cité, p. 118-119)

"La plus exaspérante liberté"

Ayant évoqué l'autre jour, un peu par hasard, à propos de Luc Dietrich, le style de Calaferte, je me surprends à relire de lui tout ce que je retrouve dans ma bibliothèque, et tout appelle le commentaire superlatif — qu'il s'agisse de la noirceur de l'évocation de la France occupée dans C'est la guerre, de l'érotisme jubilatoire et joyeusement obscène de La Mécanique des femmes ou de la lucidité du regard porté sur la société dans Droit de cité. Ces fragments, publiés il y a une quinzaine d'années, qu'ils reviennent sur certains événements, certaines figures du passé ou constituent un commentaire rageur de l'actualité du moment, restent d'une lecture particulièrement stimulante. L'intelligence, la générosité, la hargne dressée contre la sottise, "la plus exaspérante liberté" s'y manifestent à chaque page.
À l'heure où les saltimbanques prétendent donner des leçons de civisme, où la politique se dilue dans la verbigération agressive ou lénifiante, il est bon de retrouver les emportements "politiquement incorrects" de cet "anarchiste chrétien" à la voix singulière.

"Quitte à passer pour un utopiste, il ne faut pas cesser de s’indigner, de protester, de crier haut et fort que le roi est nu. Les cloportes savent d’instinct s’infiltrer dans la moindre faille de l’édifice ; leur objectif étant son effri­tement, sa ruine, sur laquelle ils triomphent.
Il ne faut pas se lasser de les identifier ni de dire que ce sont des cloportes, non des oiseaux de haut vol, comme leur puissante confrérie tente de le faire accroire à une mul­titude mal informée.
Voilà qui vaut aussi bien pour les arts que pour la politique — au reste, il est à présent fréquent d’assister à leur amalgame dans une espèce de bouillon de culture qu’on dirait concocté par des diablotins.
La géniale formule de Shakespeare à pro­pos du pourrissement du royaume — bien entendu, il s’agit également du royaume inté­rieur de chacun de nous — prend en l’occur­rence toute sa valeur.
Quant à prétendre que le sens de l’Histoire nous conduit irrésistiblement vers les dominations de la masse, voilà qui ne sera démontré que dans le siècle à venir. Nous sommes dans un système où l’équilibre ne perd que passagèrement ses droits, ce dont il convient de se souvenir, car, quoi qu’il advienne, un homme en vaudra toujours trente mille."

(Droit de cité, Folio, 1994, p. 20-21)

jeudi, 22 décembre 2005

Vocabolario

Camauro [ca-màu-ro] — Dal lat. mediev. camauru(m), di orig. incerta.

s.m. berretto di velluto rosso orlato di pelliccia bianca a forma di cuffia, indossato dal papa.
(Dizionario Garzanti)

Selon La Croix du 21 décembre, le pape Benoît XVI a remis à l'honneur le port du "camauro", délaissé par les successeurs de Jean XXIII. Il ne manque plus au souverain pontife que la hotte et le traîneau pour concurrencer sur son propre terrain un bonhomme Noël pas très... catholique !

mardi, 20 décembre 2005

Petite anthologie portative 17

"— Tu aimes qui ?
— Les bites."

(Louis Calaferte, La Mécanique des femmes, Gallimard, 1992)

Mécomptes du lundi

Encore un lundi bien gris, bien froid, une journée bien perdue.
Lu très rapidement Catherine, de Pierre Bergounioux. Déprimant, poisseux, une impression de malaise presque physique. Quelques écrivains laissent ainsi une vague nausée, un mauvais goût dans la bouche : Jouhandeau, Luc Dietrich... Leur style a des relents de vase et de cendre.
"Une souche de châtaignier était chavirée dans l'herbe haute. Sous la première lame d'écorce, ils étaient deux — des auronitens —; côte à côte, au fond de l'alvéole qu'ils avaient creusé dans l'aubier pourrissant. Il visait plus haut. L'écorce résistait. Il faisait plus sombre. Il s'écorchait les doigts. Il souleva, au passage, des pierres, mais rien ne s'y cachait. Le fourré s'épaississait. Il repéra un autre tronc décomposé. Il se hâtait. Avec le couteau, il tailla dans les ronces, l'œil écarquillé pour ne rien perdre dans la clarté pauvre, verdâtre, et souleva de larges plaques d'écorce spongieuse. Encore un auronitens. Des larves de longicornes grasses, crémeuses..."
Le texte est comme travaillé de l'intérieur par une gangrène sournoise.
Le livre refermé, on va se laver les mains.