samedi, 26 novembre 2011
"Voilà, si je ne me trompe, une observation précieuse"
L'énorme Journal de Stendhal : nombrilisme, fatuité naïve, "aventures microscopiques" et comptes de blanchisseuse. On picore au hasard une expression désuète ou scabreuse, une anecdote saugrenue. Il est question d'oiseaux "élevés à la brochette", qui "n'ont certainement aucune idée de nid, d'œufs et d'accouchement", d'une jeune femme "très ayable", d'une autre qui a "il marchese" ou la chaude-pisse. Certain jour, après le dîner, l'auteur a tué douze hirondelles en une heure et demie ; à Saint-Laurent, en septembre 1811, il prend "les deux culs à une fille d'auberge passable" ; deux ans plus tard, à Milan, il campe "une tasse de café alla panera sur un beau pantalon de casimir gris tout neuf"...
Et ceci, qui, venant de Mr Myself, ne manque pas de sel : "Graculus est un homme qui ne parle jamais que de lui, un vrai sot."
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lundi, 21 novembre 2011
Perché leggere i classici 5
Feuilleter les petits essais littéraires de José Cabanis est un plaisir de choix : finesse de l'analyse, élégance d'une langue toute classique, voilà un "suffisant lecteur" qui nous persuade, en quelques paragraphes prestement troussés, que l'on aurait tort de bouder les valeurs sûres du Lagarde et Michard. Auteur pour happy few, Cabanis ignore superbement le goût du jour et le prêt à penser ; ses exercices d'admiration sont d'un dilettante qui, sachant que "pour parler de ce qu'on aime passionnément, on risque toujours de prendre un ton trop haut", ne répugne pas à l'anecdote, au "style naturel" de la causerie familière. Les deux minces volumes de Plaisir et lectures (Gallimard, 1964 et 1968) offrent à chaque page de ces "bonheurs d'écriture" qui sont, dit-il, avec la manière, la marque de l'écrivain véritable. Et il y a parfois, aussi, une vigueur d'expression qui ne laisse pas d'être réjouissante : "Toute foi mise à part, on mesure [...] combien il est dommage, pour la plupart des auteurs d'aujourd'hui, qu'à leurs yeux Dieu n'existe pas, et de quel beau thème littéraire ils se sont privés. Je sais bien qu'ils ont remplacé Dieu par le cul. Mais j'ai le sentiment qu'auprès de Dieu, le cul ne fait pas le poids." ("Maturin", Plaisir et lectures, vol. 2, p. 88)
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