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dimanche, 20 décembre 2009

Lectures, relectures

Avec le temps, j'ai acquis cette faculté de supporter les conversations ineptes sans les entendre — me contentant d'opiner de temps à autre d'un grognement peu compromettant — et d'oublier, sitôt lus, les livres médiocres. Qu'est-ce qu'un livre médiocre ? Un livre oubliable, justement, et dont on sait, avant même de l'avoir refermé, qu'on ne le relira jamais.
Il y a, en revanche, des livres "que l'on oublie difficilement" (je ne parle pas des "classiques", ces livres qu'on ne cesse de relire, qu'on relit moins d'ailleurs par goût, par élection, que par nécessité : parce qu'ils nous sont aussi indispensables que l'air et le pain — ou parce qu'ils sont autant de schibboleth qui nous préservent de l'éviction de la tribu). Parmi ceux-là, je mettrai, à côté du Bonheur des tristes, de Luc Dietrich, les romans et les nouvelles de Kenzaburô Ôé, ces textes qui vous laissent dans l'âme quelque chose d'amer et de poisseux. Je relis Dites-nous comment survivre à notre folie et je retrouve, intacte, cette sensation de malaise indéfinissable, déjà éprouvée lors de précédentes lectures. La notion de plaisir du texte, ici, n'a plus aucun sens.
Chez Quignard, dont je feuillette parallèlement La Nuit sexuelle, le plaisir du texte est bien présent — jusque dans les tics, les redites, les afféteries stylistiques ou l'opacité du propos — et le charme opère, comme toujours. Le charme ou "l'alchimie" : Ad obscurum per obscurius. Quignard n'est pas sorti de sa nuit, où le lecteur se perd à son tour, fasciné par cette scrutation obstinée du "jadis", des ténèbres premières, miroir obscur du néant auquel nous sommes promis. C'est le regard de Persée affrontant le reflet de la Gorgone dans le bouclier. Le livre est superbe. L'édition de poche, privée de nombreuses reproductions, n'en restitue, hélas ! que bien pauvrement les beautés.

vendredi, 18 décembre 2009

Neige 2

"La neige bouche le petit chemin.
Vieil ami, je ne puis vous retrouver..."
(Wang Wei)

Il n'était pas rare que Vialatte commençât ses chroniques par quelques considérations météorologiques. C'est qu'il avait compris toute l'importance, pour l'homme, du temps qu'il fait et, corollairement, entrevu les désordres qui résulteraient de la disparition de celui-ci. Il note avec inquiétude, dans une de ses chroniques de La Montagne — en date du 9 mars 1969 : "Il ne fait pas de temps." Constat qui nous plonge dans l'angoisse, car, si l'absence de temps qui passe c'est — tous les théologiens vous le diront — l'éternité, l'absence de temps qu'il fait c'est le marasme, le chaos...
Donc, il neige. En décembre. Voilà qui est rassurant : il y a encore des saisons. Nous ne connaîtrons pas le chaos ; seulement une joyeuse pagaille dans les rues et sur nos routes.

jeudi, 17 décembre 2009

Légèrement agacé

Les zélateurs du politiquement correct, les ardélions de la bien-pensance, toujours prêts à déposer un peu partout leurs commentaires et leurs cacographies, m'inspirent autant de sympathie qu'un essaim de mouches à merde.

lundi, 14 décembre 2009

Incipit de circonstance

"Pendant que le monde célèbre dans le bruit, tout autour de moi, des fêtes de rien, j'attends je ne sais quoi, je ne sais qui, le rhume au nez et le froid aux trousses." (Sylvain Trudel, "La mer de la Tranquillité". Nouvelle éponyme du recueil publié aux éditions Les Allusifs — Québec, 2006)