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samedi, 12 novembre 2011

Gratte-culs

"Elle avait les cheveux attachés aujourd'hui. Elle portait un T-shirt blanc tout simple, un jean bleu délavé, des chaussures de sport. Il vit des gratte-cul [sic] coincés dans ses lacets [...] Elle tripota son lacet. Il la vit grimacer, coller son index dans sa bouche. Un gratte-cul." (Sean Doolittle, Rain dogs — trad. Sophie Aslanides, Rivages/Noir, 2011, p. 88 et 91)

Ces gratte-culs m'ont intrigué : à supposer même que la jeune femme dont il est question ici ait eu l'idée saugrenue de s'aventurer dans un buisson d'églantiers, on voit mal comment des cynorrhodons, à la peau parfaitement lisse, auraient pu se prendre aux lacets de ses pataugas ou la blesser au doigt. Le texte original nous éclaire : "He could see sand burrs caught in the laces of the hiking shoes." Il ne s'agit pas de gratte-culs, mais des graines hérissées de crochets ou de piquants d'une plante du type cenchrus echinatus, inconnue, semble-t-il, en Europe. Difficile, dès lors, de concilier l'exactitude botanique, la fidélité de la traduction et l'élégance du style !

mercredi, 09 novembre 2011

Papiers journaux, bonshommes Ripolin et continuité des parcs

Je termine la lecture du septième volume des Carnets de Calaferte — année 1983. Beaucoup de notes à caractère intime, de considérations d'ordre religieux, mystique, voire ésotérique, de ressassements ou de généralités qui peuvent devenir, à la longue, un peu lassants. On a plaisir à retrouver au détour d'une page l'imprécateur vitupérant l'époque et s'asseyant sur les bien-pensances littéraires :

"De quelque bord qu'elle se pratique, la politique est un dépotoir."
"Rimbaud est le poète du calcul, pour ne pas dire l'antipoète ; ce qui explique la faveur actuelle dont bénéficie son œuvre en une époque où l'essence de la poésie est bannie..."

Propension des auteurs d'écrits diurnaux à s'entregloser, à citer les citateurs, conduisant le lecteur à s'égarer dans des quêtes-gigognes : André Blanchard cite Calaferte, Cabanis ou Renard ; Calaferte cite Gide, Green, Tolstoï ou Cabanis ; Cabanis cite Léautaud, Green ou Viel-Castel... On croise inévitablement, chez les uns ou les autres, Stendhal, les Goncourt et Jouhandeau. Littérature égotiste, reflet répercuté à l'infini de notre propre solitude, qu'avec le temps et l'âge on en vient à préférer à la verbeuse futilité du roman...