dimanche, 10 janvier 2010
La pipe à papa
En notre époque de tartuferie hygiéniste et de pornographie glabre, le "Condamné à mort" de Genet apparaît comme le comble de l'immoralité. Il est sans doute moins choquant d'écrire aujourd'hui
Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise ma queue enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d’un seul coup
que de "parler d'amour" et de "fumer des gitanes".
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jeudi, 07 janvier 2010
Alexipharmaque
Je viens de lire, quasiment d'une traite, les quelque 930 pages des Disparus, de Daniel Mendelsohn (Flammarion, 2007) — somme impressionnante, à la fois très "américaine" dans son écriture (j'entends par là désinvolte, "journalistique" à la façon de Truman Capote, familière, jusque dans l'évocation de l'intime) et très "intellectuelle", très littéraire finalement, comme le laissent pressentir le "sunt lacrimæ rerum" de la dédicace initiale et l'épigraphe de la première partie : "Quand nous avons dépassé un certain âge, l'âme de l'enfant que nous fûmes et l'âme des morts dont nous sommes sortis viennent nous jeter à poignées leurs richesses et leurs mauvais sorts..." Virgile et Proust. La connaissance de la douleur et la recherche du temps perdu. La quête de ces disparus, de leurs traces dans l'espace et dans le temps est scandée par les références aux parashiyot de la Genèse, dont les problèmes d'interprétation renvoient aux interrogations multiples qui traversent le livre, livre composite, foisonnant, illustré de photographies, qui, comme chez Sebald, offrent au lecteur une sorte de contrepoint visuel, délibérément lacunaire... Un livre qui peut, lorsqu'on feuillette parallèlement Céline, faire office de contrepoison ou, comme on disait dans l'ancienne médecine, d'alexipharmaque — "remède qui expulse du corps les principes morbifiques ou qui prévient l'effet des poisons pris à l'intérieur". Un livre qui m'amène en outre à réviser mon jugement d'humeur sur les prix littéraires : Les Disparus a obtenu le prix Médicis étranger en 2007. Il arrive que certaines récompenses soient méritées.
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