jeudi, 05 novembre 2009
Hôpital et cendre
M. est le parangon de "l'heureux retraité" — expression qui tient pour moi de l'oxymore. Excellent bricoleur et voisin dévoué, il se fâcherait si l'on ne faisait appel à lui lorsque l'on a quelque problème domestique touchant à l'eau, à l'électricité ou au chauffage. Comme il m'a rendu service et m'a apporté quelques beaux légumes de son jardin, je lui offre, sachant qu'il aime le whisky, une bouteille de "Caol Ila". Quelque temps plus tard, il m'avoue sans vergogne qu'il lui trouve "un goût de médicament". La prochaine fois — s'il y a une prochaine fois —, pensé-je, il aura droit à un Jeannot Marcheur étiquette rouge.
Dans Le Sauveur, de Jo Nesbø, un personnage un peu moins sympathique que mon retraité — et qui manie plus volontiers le Llam MiniMax 9mm que la clef de 12 — boit un whisky des Orcades qui a "le goût d'hôpital et de cendre". Il me semble que c'est Léon Daudet qui parlait d'un "goût de cheminée de paquebot" — ou quelque chose de ce genre. Pierre Desproges, pour sa part, définissait un peu plus sommairement le whisky comme "le cognac du con"... Question de culture.
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"Au lendemain de la Toussaincts..."
Toussaint : visites aux vivants et aux morts, kilomètres moroses dans le brouillard et sous la pluie. Le Nord ressemble au Nord, la Lorraine enrhumée s'emmitoufle dans sa houppelande de forêts roussies. Longtemps après avoir quitté, entre Morvan et Charolais, le petit cimetière où elle repose, je repense au sourire de ma mère, rapportant gaiement le mot de cette petite camarade d'école qui avait déclaré dans une rédaction ne pas aimer les cimetières, "parce qu'on y avait froid aux pieds"... Elle apprendrait sans doute plus tard qu'on pouvait aussi y avoir froid au cœur.
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