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vendredi, 29 décembre 2006

Petite anthologie portative 34

LA SOIRÉE DE DÉCEMBRE

Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?
Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d’herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l’opaque sous l’eau plate
D’une journée, le long des rives du destin !
Qu’ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d’une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
Ô crieurs de journaux intimes seuls prophètes

Seuls amis en ce monde et ailleurs !

(René-Guy Cadou, Les Biens de ce monde, 1949-1950)

 

Solderie 2

En fouillant dans les bacs d’une solderie, je tombe sur un numéro du Lecteur — revue dont je découvre l’existence alors qu’elle a cessé de paraître — consacré aux écrivains de "Pétersbourg et alentours" (numéro 2, nouvelle série, janvier 2004). Nombreux textes remarquables et peu connus — extraits du Journal sous la Terreur, de Zinaïda Hippius, des Notes d’un psychopathe, de Venedikt Erofeiev. Le dipsomane pessimiste de Moscou-Petouchki pourrait être un héritier cynique et désinvolte de Lichtenberg : "Je contemple mon peuple avec optimisme : chez les femmes, le nombre d’yeux au beurre noir est supérieur à celui des dénonciations."